JE VOUS EMMÈNE… AU LAC DU CHABARROU


Il y a des jours où j’aime laisser divaguer mon regard sur l’immensité des cartes IGN. Essayer d’imaginer l’ambiance d’une vallée discrète, la vue depuis un sommet méconnu…


Et, sur l’immense secteur de Cauterets, se cachent bien souvent, autour des grandes randonnées classiques, quelques coins bien discrets et oubliés des randonneurs.


La montagne cauterésienne a cette particularité de proposer de longues vallées accessibles au plus grand nombre, ponctuées de paysages splendides, mais l’espace est tellement vaste ici que les sites sauvages ne manquent pas !

Depuis l’époque romantique, touristes et randonneurs habitués se retrouvent au départ du pont d’Espagne pour suivre l’itinéraire du lac de Gaube en direction du pied de la face Nord du Vignemale, jusqu’au refuge des Oulettes.

 

Cette spectaculaire sortie de 700 mètres de dénivelée et d’environ 15 kilomètres de distance aller retour, connaît donc une fréquentation non négligeable en plein été.

Mais mon regard sur la carte est invariablement attiré par un lac discret, rive gauche de cette vallée.

Le site semble idéal pour concilier itinéraire classique et petit coin secret.

Avec ma troupe réunie, nous nous retrouvons donc de bon matin au parking du Puntas, à 1465 mètres d’altitude. La météo pour la journée est prévue clémente, avec du beau temps légèrement voilé.


Notre équipement est au point : de l’eau en quantité suffisante, en-cas et pique-nique pour la pause, casquette, crème solaire, et de bonnes chaussures de marche. Vêtement chaud, vêtement de pluie, et une petite pharmacie complètent le tout, on n’est jamais assez prudents.


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Nous nous engageons sur le GR10, sur un rythme tranquille pour que nos organismes se réveillent en douceur, et une petite heure plus tard, nous voici au bord du lac de Gaube (1730 mètres).


Le soleil est déjà assez haut en ce mois de juillet, et nous ne nous lassons pas d’admirer le massif du Vignemale et ses glaciers au loin.Une brise rafraîchissante rend la pause encore plus agréable et nous savourons le plaisir d’un café pris en terrasse à l’hôtellerie du lac.


Devant nous, une petite avancée de granit était autrefois équipée d’un mémorial qui rappelait le souvenir tragique de la noyade des époux Pattison en 1832.

Lors de leur voyage de noces, ces deux jeunes mariés furent emportés dans les flots lors du chavirage de la barque qu’ils avaient empruntée. L’affaire suscita un fort émoi et attira de nombreux touristes par la suite.

Quant à nous, le temps est venu de poursuivre notre randonnée plein Sud, en longeant sur près de 800 mètres de distance ce monument lacustre qui atteint jusqu’à 40 mètres de profondeur.


Bientôt le sentier s’élève et passe à la cabane du Pinet où quelques marmottes se laissent apercevoir.


Le chemin devient plus caillouteux, le rythme ralentit un peu et une nouvelle pause au sommet de la cascade d’Esplumouse (1949 mètres) nous permet d’admirer le lac de Gaube blotti au cœur de la vallée.


Les randonneurs se font moins alors de moins en moins nombreux, et, à l’approche d’une passerelle, toute la face Nord du Vignemale surgit devant nous ! 800 mètres redressés au dessus du glacier des Oulettes, la vue est saisissante et l’émotion bien palpable.


Ici, de nombreux exploits d’alpinismes se sont déroulés, et c’est notamment en 1889 que le mythique couloir de Gaube fût gravi, une prouesse insensée à l’époque qui ne sera répétée que 44 ans plus tard… Certains guides pyrénéens faisaient alors sans doute partie des meilleurs alpinistes du monde !

Après un ultime ressaut, nous rejoignons un immense cairn, construit au fil des décennies par les randonneurs.

Un coup d’œil sur la carte nous confirme qu’il est temps de quitter le GR10 et l’itinéraire classique.

 

Le sentier, discret au départ, devient bientôt bien marqué au sol, et la pente se redresse sérieusement.

La solitude du cheminement tranche alors avec la fréquentation que nous avons connue jusqu’à maintenant. Quelques marmottes surprises s’échappent en courant devant nous.

 

Tout près, perché quelques mètres au dessus, confirmant que nous avons pénétré son domaine, un isard curieux nous observe.

Quelques instants plus tard, c’est au tour du plus grand rapace des Pyrénées, le gypaète barbu, de nous gratifier de sa présence.

 

C’est certain, la montagne la plus sauvage est ici !

Et alors que nous avons déjà dépassé un petit lac discret dans un ravin, la pente s’adoucit soudainement et, immédiatement, le lac de Chabarrou (2302 mètres) apparaît, au pied des pics éponymes.


Un cirque de pelouses et de rochers s’étend au pied des éboulis, le lac d’une transparence remarquable est comme niché dans ce petit vallon.

Nous nous asseyons alors sur les rives de celui-ci, et le silence se fait.


Seuls les cris de quelques marmottes et le souffle de la brise bercent ce moment hors du temps.


Le site est des plus sauvages, nous profitons du bonheur simple d’avoir rejoint un de ces coins secrets et si préservés que la montagne cauterésienne cache.

Le temps viendra bientôt de rejoindre la civilisation tout en bas.


Mais rien ne presse…


Ici, l’urgence est d’ouvrir grands les yeux, de contempler, et de profiter, de longues minutes encore…