JE VOUS EMMÈNE… AU SOMMET DE LA GRANDE FACHE

4 h…

Alors que le réveil sonne à cette heure inhabituellement matinale, il me faut quelques instants pour rassembler mes esprits.

 

Quelle idée m’a pris de me lever si tôt ce matin ?

Tout simplement parce qu’aujourd’hui, rendez-vous est pris avec un des grands sommets cauterésiens.

 

Quand on pense à une cime à plus de 3000 m. dans la vallée de Cauterets, les regards se portent naturellement vers le massif du Vignemale, où culmine la Pique Longue, 3298 m..

 

 

Avec sa face Nord remarquable, ses glaciers encore présents, ses grottes Russell chargées d’Histoire, il s’agit de la montagne mythique du coin.

Mais notre objectif de la journée est un sommet plus méconnu, tout au fond d’une vallée enchanteresse, où estives verdoyantes, forêts sauvages, gave et lacs apaisants, incitent à la flânerie plutôt qu’à la randonnée sportive.

 

Je connais néanmoins suffisamment bien cette course pour savoir que c’est un long, un très long itinéraire qui nous attend.

 

Pas loin de 1600 mètres de dénivelé, plus de 27 kilomètres aller retour, et une ascension finale avec de faciles passages d’escalade, autant dire que ce ne sera pas de tout repos…

 

Nous commençons la sortie à la lueur de nos frontales, depuis le parking du Puntas (1465 m.), presque désert.

Nos corps encore endormis se réveillent au son des cascades que nous devinons toute proches, et les premiers kilomètres se déroulant sur un terrain peu escarpé, le plaisir de la marche de nuit est au rendez vous.

 

Les pins sylvestres ont à présent laissé la place aux pins à crochets, et ces derniers deviennent de plus en plus épars au fur et à mesure que nous nous rapprochons du domaine pastoral des estives.

Et, soudain, au détour du chemin, nous la voyons, surgissant devant nous au lever du jour, alors que la vallée s’ouvre sur de vastes plateaux : la Grande Fache, seul sommet de la vallée du Marcadau à dépasser les 3000 mètres d’altitude, 3005 mètres pour être précis.

 

Elle règne en souveraine absolue sur les nombreux vallons secondaires qui s’étendent depuis le refuge Wallon, étape parfaite pour celui qui souhaite réaliser l’ascension en deux jours.

Une première pause bien méritée nous permet de profiter de la vue des premiers rayons de soleil sur les crêtes.

 

Assister au réveil de la montagne qui s’éclaire progressivement, nous propose un spectacle incomparable, les cimes se teintant d’abord d’un bleu gris puis d’un rouge orangé de plus en plus intense.

 

Ce sont ces instants privilégiés que nous venons chercher si tôt là haut.

A quelques mètres du refuge, une étonnante chapelle nous rappelle l’histoire singulière du pèlerinage qui a lieu chaque année vers la Fache.

 

En 1941, une randonneuse, lors de la redescente du sommet, glissa sur une pente de neige surplombant une face verticale. Dans la chute, son piolet se brisa, ne laissant accrochée à son poignet que la partie supérieure retenue par une dragonne.

Alors que son sort semblait scellé, elle réussit par miracle à s’arrêter in extremis avec ce reliquat.

Y voyant là l’intervention de la Vierge Marie, ils décidèrent d’ériger l’année suivante, au sommet, une statue de l’Immaculée, et d’y célébrer une messe.

 

Le pèlerinage se déroule depuis, chaque année, le 5 août, fête de Notre Dame des Neiges. La chapelle actuelle sera quant à elle construite entre 1957 et 1958.

Le refuge Wallon dépassé, la pente se redresse sérieusement dans la longue ascension vers le col de la Fache. Un isard et quelques marmottes à peine éveillées égayent quelque peu cet environnement qui devient de plus en plus minéral alors que le col frontalier se fait plus proche.

 

Le panorama sur le versant espagnol et les lacs de Respumoso nous donne un excellent prétexte à une nouvelle pause bien méritée. Nos regards se portent alors sur les 350 mètres de dénivelée de l’arête finale, dont l’itinéraire ne saute pas aux yeux de prime abord.

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Nous reprenons donc notre parcours en suivant des cairns remontant des couloirs redressés. Le caillou devient franchement mauvais tout au long de cette ascension, qui, sans être difficile, demande beaucoup de vigilance.

 

Les chutes de pierre sont fréquentes, le parcours assez paumatoire, et les quelques pas d’escalade facile demandent une attention de chaque instant.

Cette arête est donc réservée aux montagnards chevronnés.

 

45 minutes plus tard, le sommet est atteint !

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Du haut des 3005 mètres, nous avons tout autour de nous un panorama des plus vastes !

 

Vignemale, Pics du Midi de Bigorre et d’Ossau, cirque de Lescun au loin, Gavarnie, Pic d’Enfer, nous nous amusons à identifier une partie des cimes depuis la frontière du Béarn et du pays Basque, jusqu’aux lointains sommets ariégeois !

 

Un bon nombre des plus hauts et célèbres sommets pyrénéens s’offre à nos regards…

 

Le silence des altitudes s’impose à nous, nos sourires ont remplacé les mots qui, ici, deviendraient superflus.

 

Mais bientôt le temps est venu de prendre le chemin du retour, toujours aussi concentrés sur l’arête, avant de se laisser emporter dans la facile mais longue descente qui nous sépare de notre point de départ, tôt ce matin.

 

Avec la certitude que, parfois, se lever à 4h du matin, augure de longues heures de bonheur en altitude…